Sylvain Dodé a vu grimper les tensions ethniques au Kenya
Publié le 21 janvier 2008 - 14:12 sur la REP
Le coureur de l'ASFAS, originaire d'Eure-et-Loir, a effectué un stage d'un mois au Kenya, juste avant que les violences ethniques n'embrasent le pays. Pris dans une émeute, il a échappé au pire.
Sylvain Dodé avait disputé en novembre à Seresville (Eure-et-Loir) l'une de ses dernières courses avant de s'envoler pour Nairobi.Ce ne devait être qu'un séjour de routine, un simple stage sportif en altitude. Sylvain Dodé a pourtant frôlé le pire, le mois dernier au Kenya, quelques jours avant que le résultat contesté des élections présidentielles ne plonge le pays dans la crise. L'athlète de l'ASFAS était alors en déplacement dans l'ouest, près du lac Victoria, quand un groupe d'une vingtaine d'hommes a tenté de bloquer le camion à bord duquel il se trouvait. « La fenêtre était ouverte et un gars en a profité pour me frapper à l'épaule. Mes amis ont voulu s'expliquer avec eux, mais ils étaient ivres et la situation a dégénéré », raconte-t-il. Des coups ont été échangés ; sous les jets de pierre et la menace d'armes de fortune. « Ils prenaient tout ce qu'ils avaient à portée de main. Des tubes métalliques, des manches de pioche, des machettes... J'étais caché derrière le camion, mais il suffisait que quelqu'un arrive par-derrière pour que ça se termine mal », poursuit le jeune homme, bientôt 22 ans, à la recherche d'un emploi après avoir achevé à l'automne dernier une licence d'agronomie à Strasbourg.
S'il est rentré en France le 23 décembre, une semaine avant que les premiers actes de violence politico-ethniques ne fassent l'actualité, Sylvain Dodé a senti la tension monter entre l'opposition et les partisans du président sortant, Mwai Kibaki. « Le climat se détériorait sensiblement. Il y avait des manifestations jour et nuit et les deux camps se bagarraient à chaque fois qu'ils se rencontraient. Mais on ne pouvait pas imaginer que ça allait être aussi grave. J'étais content de ne pas avoir prolongé mon séjour quand j'ai vu après coup à la télé ce qu'il s'est passé. Je suis rentré juste à temps », explique l'ancien coureur d'Épernon, où son père, organisateur d'un 10 km, avait l'habitude de recevoir des Kenyans.
Accepter de perdre
Il s'est lié d'amitié avec l'un d'eux, George Morara, auquel il a rendu visite une première fois, en 2005, dans l'isolement des hauts plateaux. « J'étais alors un des premiers blancs à aller dans son village. Il n'y a rien là-bas, pas d'eau potable, pas d'électricité, juste des cases aux murs de terre séchée et au toit de tôle », se souvient-il.
Sylvain Dodé a ajouté cette fois une touche sportive à son aventure humaine. Pendant quatre semaines, il a sillonné le pays pour s'entraîner à la dure, au contact des meilleurs. D'abord à Nairobi, la capitale, chez un ancien international kenyan de cross, Wilson Owmoyo. Il y a découvert « la pauvreté terrible des grandes métropoles africaines » avant de mettre le cap sur le camp d'entraînement d'Embu, à 3.000 mètres d'altitude, où « l'équipe du Kenya prépare ses compétitions importantes ». Levé à 5 h 30 du matin pour un premier footing avant que les températures ne grimpent, il a souffert, en silence, pour se faire accepter par tous, quand bien même les deux à trois séances quotidiennes et les rations d'ugali - « un maïs écrasé et bouilli qu'ils mangent à tous les repas » - rendaient les jambes lourdes. « Eux, jamais ils ne se plaignent de leurs conditions. Tous m'ont donné les mêmes conseils : prendre du plaisir à courir, être patient et accepter de perdre. »